Réchauffement: quand le Soleil s'en mêle

Publié le par iheb

Les taches à la surface du soleil permettent aux scientifiques de mesurer l'activité de l'astre. (AFP)

 

Plus les taches sombres sont nombreuses à la surface de l'astre, plus ce dernier est actif.

 

Et si le CO2 n'était pas le principal moteur de l'évolution du climat ? S'il n'en a pas encore la «preuve absolue», Vincent Courtillot, professeur à l'université Paris-Diderot et chercheur à l'Institut de physique du globe de Paris, est plus que jamais convaincu que le soleil joue aussi un rôle majeur. Avec son collègue Jean-Louis Le Mouël, spécialiste du géomagnétisme, et le mathématicien russe Vladimir Kossobokov, il vient de publier, dans le Journal of Atmospheric and Solar Terrestrial Physics, une étude démontrant une «signature statistiquement significative» des variations de l'activité solaire sur les températures atmosphériques mesurées quotidiennement depuis 200 ans environ dans trois villes européennes: Prague (République tchèque), Bologne (Italie) et Uccle (Belgique). «Nos calculs, basés sur le test de Kolmogorov-Smirnov, prouvent qu'il y a moins d'une chance sur cent pour que les écarts que nous avons constatés soient le fait du hasard», précise M.Courtillot.


Ce travail de fourmi s'est appuyé sur trois des séries de températures les plus anciennes, les plus longues et les plus complètes disponibles à ce jour en Europe et vraisemblablement dans le monde. Les mesures ont, en effet, débuté en 1775 à Prague, en 1814 à Bologne et en 1833 à Uccle avec un relevé quotidien des «minis» et des «maxis» effectué quasiment sans interruption jusqu'à nos jours. Soit bien avant les séries utilisées dans les modèles de prévisions climatiques qui démarrent beaucoup plus tard, aux environs de 1850. «L'intérêt de ces données provient du fait qu'il s'agit d'enregistrements journaliers et continus dont nous avons fait la moyenne courante sur trois ans pour lisser les variations saisonnières ou les points extrêmes comme les canicules ou les grands froids», souligne M.Courtillot.


Taches solaires


La durée moyenne d'un cycle solaire étant de 11 ans, les trois chercheurs ont pu ainsi disposer, pour la première fois, de séries de températures suffisamment longues (deux siècles au lieu d'un) et précises pour être en mesure de distinguer, de manière significative, un éventuel impact de l'activité de notre étoile sur le climat.

Cette dernière est mesurée depuis des siècles par les relevés des fameuses taches sombres visibles à la surface du Soleil. Plus elles sont nombreuses, plus ce dernier est actif. À l'inverse plus les taches sont rares et plus l'astre du jour est «calme». Chaque cycle n'a donc pas la même intensité, le nombre de taches solaires pouvant varier entre 220 et 950 au cours d'un cycle d'environ 11 ans! C'est ainsi que sur les 23 cycles enregistrés depuis 1775, onze étaient des cycles hauts (nombre de taches supérieur à la moyenne qui est de 618) et 22 étaient des cycles bas. Surtout, les six cycles qui se sont succédé entre1940 et2000 ont été particulièrement intenses.


«Nous n'avons pas de chance, c'est au moment où le Soleil est à son maximum que les dégagements de CO2 sont les plus élevés, il est donc difficile de discriminer les deux causes», explique M.Courtillot. Sauf qu'en remontant jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, il a mis en évidence, avec ses deux collègues, un écart significatif d'environ 1°C, qui varie dans un sens et dans l'autre, entre les températures journalières mini et maxi lorsque le Soleil est dans un cycle haut. «Il y a donc bien une relation qui ne doit rien au hasard. Mais il s'agit d'une relation compliquée, qui varie à l'échelle régionale et que l'on risque de ne pas voir si l'on travaille sur des moyennes spatiales trop larges», conclut le chercheur.

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